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Pourquoi Certains Hommes ne Font que des Filles : Explications Génétiques

Vous remarquez que certaines familles n’ont que des filles ? Ce n’est pas juste une impression ou le fruit du hasard.

Ce guide vous explique les raisons génétiques et comportementales derrière ce phénomène, en se basant sur la science.

La théorie principale : une prédisposition génétique héritée du père

La réponse la plus directe vient de la génétique du père. Une étude de l’université de Newcastle suggère qu’un homme hérite d’une tendance à avoir plus de fils ou plus de filles. C’est simple : un homme qui a plusieurs sœurs a plus de chances d’avoir des filles. À l’inverse, un homme avec plusieurs frères est plus susceptible d’avoir des garçons.

Selon les chercheurs, un gène non encore identifié serait responsable. Ce gène existe en trois versions, qui déterminent la proportion de spermatozoïdes X et Y qu’un homme produit.

  • Version « ff » : L’homme produit plus de spermatozoïdes X. Il a donc beaucoup plus de chances d’avoir des filles.
  • Version « mm » : L’homme produit plus de spermatozoïdes Y. Il aura donc plus de fils.
  • Version « mf » : L’homme produit un nombre à peu près égal de spermatozoïdes X et Y. Il aura donc autant de fils que de filles.

Cette théorie n’est pas sortie de nulle part. Elle se base sur une analyse de 927 arbres généalogiques, incluant les données de 556 387 personnes d’Amérique du Nord et d’Europe depuis l’an 1600. L’étude a été publiée dans la revue *Evolutionary Biology*.

Point clé : Ce gène est transmis par les deux parents, mais il n’affecte que la production de sperme de l’homme. Il n’a aucun effet chez les femmes.

Rappel essentiel : comment le sexe d’un bébé est-il déterminé ?

Avant d’aller plus loin, un petit rappel de biologie est utile. C’est le père qui détermine le sexe de l’enfant, car il est le seul à porter les deux types de chromosomes sexuels.

Le fonctionnement est le suivant :

  • La mère donne toujours un chromosome X via son ovule.
  • Le père donne un spermatozoïde qui contient soit un chromosome X, soit un chromosome Y.

Si un spermatozoïde X féconde l’ovule, le résultat est XX, une fille. Si c’est un spermatozoïde Y, le résultat est XY, un garçon. La probabilité de base est donc d’environ 50/50 pour chaque naissance.

Le facteur comportemental : l’illusion statistique créée par le désir d’équilibre

La génétique n’est pas la seule explication. Le comportement des parents joue un rôle important et crée une sorte d’illusion statistique. Une étude publiée dans *Science Advances* a analysé les données de plus de 58 000 femmes et a fait une découverte intéressante.

Les parents qui ont déjà deux enfants du même sexe (par exemple, deux filles) sont statistiquement plus susceptibles d’en avoir un troisième. Cette tendance à « tenter sa chance » pour avoir un enfant de l’autre sexe a augmenté avec le temps. Au 19ème siècle, la probabilité était de 2 % plus élevée. Aujourd’hui, elle est de 6 à 7 % plus élevée.

Comment ça crée une illusion ? Cette « poursuite » pour obtenir un garçon après deux filles (ou l’inverse) augmente mathématiquement le nombre de familles de trois filles ou trois garçons dans la population. On a alors l’impression que ces familles ont une prédisposition biologique, alors que c’est en partie le résultat d’un choix comportemental.

Les familles avec uniquement des garçons ou uniquement des filles sont donc plus nombreuses que ce que le pur hasard laisserait penser, non seulement à cause de la génétique, mais aussi de cette préférence pour l’équilibre.

Les autres pistes biologiques à l’étude

D’autres facteurs biologiques sont étudiés par les chercheurs pour expliquer une tendance à avoir plus de filles ou de garçons. Il faut rester prudent, car les preuves sont souvent moins solides ou les résultats des études sont contradictoires.

Les facteurs liés à la mère et à l’environnement utérin

L’environnement de la mère pourrait jouer un rôle dans la sélection du sperme ou la survie des embryons. Plusieurs pistes sont explorées :

  • Le niveau de stress : Des niveaux élevés de cortisol (l’hormone du stress) chez la mère au moment de la conception sont associés à un plus grand nombre de naissances de filles. Les embryons masculins (XY) seraient moins robustes et survivraient moins bien dans des conditions de stress.
  • L’alimentation : Une étude de 2008 suggère qu’une consommation d’énergie plus élevée chez la mère avant la conception serait liée à plus de naissances de garçons. À l’inverse, un apport calorique plus bas pourrait favoriser les filles.
  • Le pH de l’utérus : L’acidité ou l’alcalinité de l’environnement utérin pourrait théoriquement favoriser les spermatozoïdes X (plus résistants) ou Y (plus rapides mais plus fragiles).

Le moment de la conception

Une vieille théorie, souvent appelée la méthode Shettles, suggère que le moment du rapport sexuel par rapport à l’ovulation pourrait influencer le sexe de l’enfant. Selon cette idée, avoir des rapports plusieurs jours avant l’ovulation favoriserait les filles, car les spermatozoïdes X survivent plus longtemps.

Cependant, les études scientifiques menées sur ce sujet ont donné des résultats très incohérents. La plupart des chercheurs considèrent aujourd’hui que ce facteur a peu ou pas d’influence.

Les caractéristiques paternelles (hypothèses controversées)

Certaines recherches ont tenté de lier les caractéristiques physiques ou sociales du père au sexe de ses enfants. Par exemple, des études ont suggéré que les hommes plus grands, plus riches ou avec des niveaux de testostérone plus élevés pourraient avoir une légère tendance à avoir plus de fils.

Ces théories sont très controversées et les corrélations observées sont extrêmement faibles. Il n’y a aucune preuve solide pour affirmer que ces caractéristiques ont un impact réel.

Un phénomène global : plus de garçons et « l’effet retour du soldat »

À l’échelle mondiale, il naît un peu plus de garçons que de filles. Le ratio est d’environ 105 naissances de garçons pour 100 naissances de filles. Ce déséquilibre a intrigué les scientifiques pendant longtemps.

Un phénomène historique, appelé « l’effet retour du soldat », illustre bien cela. Après chaque grande guerre (comme la Première Guerre mondiale), les chercheurs ont observé une augmentation significative des naissances de garçons dans les pays concernés.

La théorie du gène (mm/mf/ff) offre une explication plausible à ce phénomène. Les hommes avec la version « fils » du gène (mm) ont plus de chances d’avoir un fils qui survit à la guerre et revient pour transmettre ce gène. En revanche, un père qui n’aurait que des filles et un seul fils perdrait le porteur de son gène si ce fils mourait au combat. Cet effet de sélection naturelle après les guerres pourrait expliquer pourquoi le gène « fils » reste si répandu dans la population.

Alors, pourquoi seulement des filles ?

La tendance de certains hommes à n’avoir que des filles n’est donc pas une simple coïncidence. C’est le résultat probable de plusieurs facteurs qui s’additionnent.

La raison principale est sans doute une prédisposition génétique du père (la fameuse version « ff » du gène). S’ajoute à cela le comportement des parents qui, en cherchant à équilibrer leur famille, peuvent renforcer statistiquement les fratries de même sexe.

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